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Matar Coly, la rage de vaincre


De Dakar à Bienne, en passant par le RC Lens, Neuchâtel Xamax ou encore Young Boys, Matar Coly, 34 ans, a connu une carrière intense, jalonnée de succès et de déceptions. Attaquant puissant et rapide, doté d’un sang froid à toute épreuve devant les buts, c’est sous le maillot de Xamax qu’il vivra ses plus belles années, en contribuant notamment à la promotion des Neuchâtelois en Super League, au terme de la saison 2006/2007. Hélas, des blessures récurrentes aux genoux l’ont trop souvent empêché de donner la pleine mesure de ses qualités. En 2014, une quatrième opération au genou mettra définitivement fin à sa carrière, à l’âge de 29 ans seulement. Rencontre avec un personnage attachant, qui n’a jamais cessé de se battre pour atteindre ses objectifs.


Matar Coly, racontez-nous vos débuts dans le football.


J’ai commencé à taper dans le ballon avec mon grand frère à l’âge de six ou sept ans, et dès mes 10 ans je me rendais régulièrement dans un Centre de formation à Dakar, où travaillait un entraîneur qui habitait le même quartier que moi. On allait jouer là-bas plusieurs fois par semaine avec des amis. Ce Centre de formation a ensuite créé un jumelage avec Génération Foot, une structure qui travaillait en partenariat avec le FC Metz. Un jour on m’a fait passer des tests et j’ai été sélectionné.


C’est donc à ce moment-là que les choses sérieuses commencent? Notamment avec l’intérêt des recruteurs.


Exactement. Dès que j’ai intégré Génération Foot, j’ai commencé à m’entraîner tous les jours et régulièrement des recruteurs de clubs français venaient observer les entraînements.


Et un jour vous avez tapé dans l’œil de Jean-Luc Lamarche, recruteur du RC Lens.


Il était venu au Sénégal avec l’intention de recruter des joueurs professionnels, ce qui n’était pas mon cas. Mais il a quand-même décidé de me faire venir à Lens pour passer des tests.


Expliquez-nous votre arrivée à Lens.


C’était en 2002, j’avais 17 ans. J’ai d’abord fait un mois où je me suis entraîné avec la première équipe et joué quelques matches amicaux. Je suis ensuite retourné au Sénégal avant de revenir quelques mois plus tard pour un deuxième test. Cette fois j’ai participé à un tournoi avec la deuxième équipe qui évoluait en CFA (4e division française) et j’ai signé un premier contrat en tant que stagiaire. Puis, à mes 18 ans, j’ai signé un contrat professionnel.


Mais malgré un contrat de professionnel, vous n’avez joué aucun match officiel avec l’équipe fanion du RC Lens en Ligue 1.


Je m’entraînais avec eux et je jouais certains matches amicaux, mais c’est vrai que je n’ai jamais eu ma chance en match officiel. La concurrence était rude en attaque et j’étais barré par des joueurs de la trempe de Daniel Cousin, Daniel Moreira, Antoine Sibierski ou encore John Utaka.



Vous décidez donc de quitter Lens après y avoir passé trois ans.


Je décide tout d’abord de rejoindre Lorient en D2. Mais les négociations se sont mal passées et le transfert ne s’est pas fait. Je me rappelle être dans la voiture de retour à Lens avec mon agent, lorsqu’il reçoit un coup de fil l’informant de l’intérêt de Neuchâtel Xamax. J’avais vaguement entendu parler de la Suisse, mais je ne connaissais pas tu tout le championnat suisse. J’ai uniquement demandé si l’équipe jouait en première division, et comme c’était le cas, j’ai accepté.


Dans quelles circonstances s’est réalisée votre arrivée à Neuchâtel?


L’équipe était alors entraînée par Alain Geiger et le courant est très vite bien passé entre nous deux. Il venait régulièrement me chercher à l’hôtel où j’étais logé pour m’amener à l’entraînement et souvent on mangeait ensemble. C’était vraiment une personne de confiance à qui je pouvais parler de tout. Il a vraiment joué un rôle important dans mon intégration.


Malheureusement, au terme de votre première saison, Xamax est relégué.


C’est vrai qu’on a vécu une saison difficile au niveau collectif. Mais au niveau personnel, les choses se sont quand même bien passées. J’ai marqué 10 buts, et j’ai même reçu un prix pour le plus beau but de la saison.


Suite à la relégation, avez-vous songé à quitter le club?


J’avais reçu des offres, mais pour moi il n’a jamais été question de partir. Le club avait pour objectif de remonter directement en Super League et le projet m’a convaincu. Un nouvel entraîneur (red: Gérard Castella), est arrivé et le club a réalisé une bonne campagne de transferts pour mettre sur pied une grosse équipe.


Et l’objectif de la promotion a été atteint dès l’année suivante. Quels souvenirs gardez-vous de cette saison en Challenge League ?


On a réalisé un championnat extraordinaire. Avec Moreno Merenda, nous formions une superbe paire d’attaque. On a vraiment fait des étincelles. Nous faisions preuve d’une complémentarité parfaite. J’avais marqué 13 buts, alors qu’il en avait inscrit la bagatelle de 21. Moreno Merenda est vraiment le joueur avec lequel je me suis le mieux entendu de toute ma carrière.


De retour en Super League, Xamax va devoir batailler jusqu’à la fin pour s’assurer le maintien. Racontez-nous cette fin de saison complètement folle.


Un match en particulier restera gravé dans ma mémoire à jamais. A trois journées de la fin du championnat, nous affrontions Young Boys au Stade de Suisse. Nous devions absolument nous imposer pour éviter la relégation, tandis que Young Boys, en cas de victoire, était assuré d’être champion. Ce soir là, nous avions gagné 3-1 et j’avais réalisé une superbe performance en inscrivant deux buts et en faisant une passe décisive. Le match se jouait à guichets fermés et l’ambiance était magnifique. C’est l’un des matches que je n’oublierai jamais. Trois jours après, les dirigeants de Young Boys me téléphonaient pour me faire une offre.


Ce n’était certainement pas la seule offre que vous aviez, n’est-ce-pas ?


Grasshopper avait également manifesté de l’intérêt. Et même si j’avais encore une année de contrat avec Xamax, je voulais partir pour rejoindre une équipe qui jouait le titre. J’en avais marre de vivre des saisons difficiles à me battre toujours pour le maintien. C’était vraiment épuisant mentalement. Mais le président de l’époque, Sylvio Bernasconi, ne voulait pas me laisser partir. C’était une époque compliquée. J’ai même fais une dépression et j’ai du suivre une thérapie. Puis en janvier, une offre des Emirats arabes unis est arrivée et j’ai quitté le club.

On imagine qu’au niveau financier, cela en valait la peine. Et niveau football?


Contrairement à ce que peuvent penser les gens, ça a été une superbe expérience. J’ai joué dans l’un des meilleurs clubs du pays avec des joueurs d’un très bon niveau technique.


Mais après à peine six mois, vous retournez en Suisse, à Young Boys. Pourquoi YB?


Même quand je jouais aux Emirats, YB continuait à exprimer son intérêt pour moi. J’étais régulièrement en contact avec eux, et j’ai rapidement décidé de les rejoindre. Pour moi c’était le meilleur choix à faire à ce moment-là de ma carrière.


Alors que votre arrivée à Berne aurait dû rimer avec succès, vous avez vécu un véritable calvaire à cause de deux blessures graves au genou droit. Comment avez-vous traversé ces moments de doutes?


Dès mon arrivée, je ressentais une gêne au genou. Mais je pensais que ce n’était rien de grave et j’ai fais toute la préparation normalement. Mais la blessure s’est aggravée, notamment à cause des entraînements sur le terrain synthétique. J’ai donc décidé d’aller voir un médecin du sport à Bâle et j’ai subi une première opération. Je continuais pourtant à avoir des douleurs. J’ai d’abord pensé que c’était dû à l’opération, mais malgré de longs mois de physiothérapie, les choses ne se sont pas améliorées. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de contacter un médecin neuchâtelois que je connaissais du temps où je jouais à Xamax. Il m’a conseillé d’opérer à nouveau, et c’est ainsi que j’ai subi une deuxième intervention au même genou, environ un an et demi après. Cette fois-ci, l’opération s’était bien passée, et après une longue rééducation, j’ai repris gentiment avec les M21 de Young Boys, avant d’être prêté au FC Bienne en Challenge League.


C’est donc avec le FC Bienne que vous effectuer votre retour, après avoir passé deux saisons pratiquement blanches. N’aviez vous jamais perdu l’espoir de pouvoir rejouer un jour ?


C’est clair que j’ai traversé des moments très difficiles. Je ne voyais pas le bout du tunnel et j’ai commencé à réfléchir à ce que je ferais si je ne pouvais pas rejouer. J’ai même envisagé de retourner au Sénégal. Pour moi, le premier match que j’ai joué avec le FC Bienne a été comme un miracle. Je me rappellerai toujours de ce jour. C’était contre Vaduz, je suis rentré en deuxième mi-temps et j’ai marqué trois buts. En plus, c’était à la Maladière, là où j’avais commencé à jouer en Suisse et où j’avais déjà vécu tellement de beaux moments (red: durant la saison 2012/13, le FC Bienne avait joué ses matches à domicile à la Maladière à Neuchâtel, car son stade de la Gurzelen n’était pas homologué pour la Challenge League). On avait une superbe équipe. Je formais un duo d’attaque avec Giuseppe Morello. Et il y avait des joueurs de la trempe de Charles Doudin et Pietro Di Nardo. On était vraiment une bande de potes.

Mais les blessures sont rapidement revenues gâcher la fête…


J’ai encore joué une saison en Super League avec le Lausanne-Sport, avant de revenir à Bienne. Et durant la préparation, je me suis gravement blessé à l’autre genou, le gauche cette-fois. Je m’étais cassé le ménisque lors d’un match amical à Breitenrain. Puis une deuxième intervention a été nécessaire car le cartilage était touché ainsi que l’os du fémur. Et là le médecin m’a clairement dit que le football c’était finit pour moi.


Comment se passe votre reconversion professionnelle?


Le FC Bienne m’a directement proposé de passer les diplômes nécessaires pour pouvoir entraîner les jeunes. J’ai tout d’abord coaché les M11 avec Kastriot Sheholli, et ensuite j’ai été assistant d’Hakan Bucak avec les M14. Cela fait deux ans que nous suivons ces jeunes et l’année passée nous avons réalisée une superbe saison en M15. Et je vais continuer à travailler avec cette volée dans le championnat M16. C’est vraiment agréable de travailler avec des jeunes aussi motivés. Ils sont à l’écoute et progressent très vite. En parallèle, je suis une formation d’assistant socio-éducatif dans une école à journée continue.

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